CONDITIONS DE TRAVAIL : HOUSTON, NOUS AVONS UN PROBLÈME…

dimanche 9 juin 2019
par  Sébastien LECOURTIER

CONDITIONS DE TRAVAIL :

HOUSTON, NOUS AVONS UN PROBLÈME…


Article paru dans la Quinzaine universitaire n°1460, juin 2019
Par Maxime REPPERT, secrétaire national SNALC aux conditions de travail et au climat scolaire
Conscient que le fonctionnaire est avant tout un être humain, le SNALC, depuis des années, dénonce la dégradation de nos conditions de travail. Nous estimons que la sérénité est un droit pour le fonctionnaire, la dignité, un devoir pour notre Institution. Pourtant, nous n’avons ni l’un, ni l’autre. Ce dossier a vocation à dresser un tableau, non exhaustif. Nous vous présentons également les actions mises en oeuvre par notre syndicat. Enfin, sachez que si le SNALC est un acteur engagé dans la lutte contre la dégradation des conditions de travail, n’oubliez pas que vous l’êtes également. Il n’est plus temps d’être soumis à vos devoirs mais également d’affirmer vos droits. Et vous pouvez compter sur nous pour cela.
QUELLES CHARGES CONTRE L’ÉTAT ?

Le SNALC pointe les responsabilités suivantes :



  • Des salaires trop bas ; avec une baisse de 25% du pouvoir d’achat en 30 ans, nous sommes parmi les moins bien payés des pays de l’OCDE.

  • L’Éducation nationale fonctionne comme une vitrine ; il faut qu’elle brille. On ne demande pas aux dispositifs de fonctionner mais simplement d’exister. Prenons l’exemple de la mobilité. Il existe bien des conseillers mobilité carrière mais leur nombre est bien insuffisant (environ 70), eu égard aux nombreuses demandes. De la même façon se profile la généralisation de GRH (gestion ressource humaine) de proximité. Mais avec quels moyens ?

  • Une médecine du travail peu efficace et l’absence d’une véritable politique de prévention des RPS (risques psycho sociaux). Il y a moins de 90 médecins pour environ 1 million d’agents. Conséquence : une seule visite médicale obligatoire au cours de sa carrière, lors de son recrutement (une carence illégale par ailleurs). Les burn-out ou les suicides dans l’Éducation nationale ne sont pas une découverte. Pourquoi aucune étude à ce sujet ? Il existe pourtant des dizaines de Jean WILLOT chaque année. A Béziers, on déplore 6 suicides en 11 ans (2008-2019) dans un même lycée. Un syndrome France Telecom inquiétant.

  • Une absence de soutien face aux parents et/ou aux élèves. Parfois la parole d’un collègue ne pèse pas lourd face à celle de parents (ou d’élèves).

  • Une absence d’écoute. Le mouvement « pas de vague » nous rappelle que la souffrance des collègues est souvent passée sous silence ou n’est pas suffisamment prise en compte. Il en découle un isolement et une culpabilité néfastes pour les victimes.

  • Des réformes désastreuses avec un nivellement par le bas, la confusion entre égalité et égalitarisme et le souci de faire des économies.

  • Une multiplication des missions, une surcharge de travail.■
LE POIDS DES PRÉJUGÉS :

L’EXEMPLE DU TEMPS DE TRAVAIL


Notre métier fait l’objet de nombreux préjugés et l’opinion générale n’est pas tendre, nous renvoyant très souvent une image de privilégiés. Parmi ces stéréotypes, figure la question du temps de travail.

En mars dernier, un rapport de l’Inspection générale des finances remis au ministre du Budget Gérald DARMANIN précisait qu’au moins 310 000 agents publics travaillent moins que le seuil légal des 35 heures. Même si les professeurs n’étaient pas concernés, de nombreuses personnes et quelques médias ont pointé le fait que les enseignants ne faisaient « que 18 heures » (pour un certifié par exemple). C’est faux.

D’après la DEPP (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance), le temps de travail des enseignants du 2nd degré est estimé à 40 heures hebdomadaires. Pour les professeurs du 1er degré, cela avoisinerait les 44 heures hebdomadaires (en 2010) selon la note d’information de la DEPP (N° 13.12 - juillet 2013). Bien au delà des 35 heures donc. Des chiffres que l’on pourrait revoir à la hausse depuis, avec la mise en place des réformes du collège ou du lycée.

D’ailleurs, la récente déclaration du secrétaire d’Etat Olivier DUSSOPT va dans ce sens, estimant que les professeurs « travaillent largement la durée légale  ». Pour autant, ce «  largement » sous-entend bien ici qu’il s’agit d’un minimum. Dès lors, le SNALC, une nouvelle fois, demande à ce que le temps de travail des professeurs et des personnels non enseignants soit pleinement considéré et à ce que cela se traduise par une augmentation des salaires. Enfin, une dernière chose nous laisse perplexe : puisque nous travaillons largement la durée légale du travail, pourquoi nous imposer une deuxième heure de travail supplémentaire ? Quand l’incohérence rencontre le mauvais goût…■

L’ÉDUCATION NATIONALE :

UN BIEN DE CONSOMMATION, DES PARENTS TOUT PUISSANTS ?


L’Éducation nationale n’est plus un service public, ou plutôt elle ne prend plus cette direction. Elle devient un bien de consommation. C’est ainsi qu’elle fonctionne et qu’elle est perçue, par les parents, et avec l’approbation de l’Institution. Les parents et les élèves consomment des projets, des options, des spécialités, des activités organisées au sein de l’établissement. On a parfois l’impression d’être dans un supermarché : « J’aimerais que mon enfant fasse ceci ou cela, qu’il soit dans la classe d’un tel, qu’il puisse partir en voyage scolaire… ». Cette évolution est amplifiée par la mise en place de réformes qui accentue la fragmentation territoriale (collèges et lycées).

Les personnels de l’établissement se retrouvent cantonnés, les professeurs notamment, à un rôle de prestataire de services. Et le client est toujours roi. C’est à ce moment qu’interviennent deux phénomènes :

  • Le peu de considération des parents. Pour beaucoup, l’enseignant n’a pas une grande importance et le respect qu’on lui porte est tout relatif (de lui, on pense qu’il doit juste appliquer un programme et obéir au rectorat). Un signe qui ne trompe pas : lorsque vous emmenez des élèves en voyage, au moment du retour, combien de parents viennent vous remercier d’avoir organisé quelque chose qui ne fait pas partie de vos obligations ? Peu. Pourquoi ? Car cela est perçu comme un dû. Ainsi tel un miroir, des parents renvoient une image négative aux enseignants.

  • La toute-puissance des parents. « Non, mon enfant ne fera pas sa punition car il n’a rien fait  » - « Vous ne devriez pas enseigner comme ça car les élèves ne comprennent rien ». Si le dialogue avec les parents est indispensable, ces derniers cherchent à imposer leurs volontés et, parfois, se prennent pour notre hiérarchie. Quand ils ne sont pas satisfaits, il y a parfois des menaces, des violences verbales ou physiques, voire des dépôts de plaintes. Rappelons ici la tragédie du suicide de Jean WILLOT, instituteur depuis 37 ans, qui a mis fin à ses jours le 15 mars 2019. Une mère d’élève avait porté plainte pour « Violences aggravées sur mineur de moins de 15 ans par une personne dépositaire de l’autorité publique ». L’instituteur, bien noté, n’a pas supporté cela et s’est pendu. Du reste, il suffit de taper les mots clés « parent frapper enseignant » sur un moteur de recherche pour avoir une idée de l’ampleur du phénomène.■
L’ÉDUCATION NATIONALE FAMILIALE ?

Il ne faut jamais oublier que la première cellule d’apprentissage de l’enfant n’est pas l’école mais la famille. Être conscient de cela est capital et même nécessaire pour la santé psychologique des personnels, notamment les enseignants, qui s’engagent chaque jour pour la réussite des élèves. Pourquoi ? Car nous ne pouvons (et ne devons) pas remplacer les parents, ce n’est pas notre rôle. L’Éducation nationale a pour mission la transmission de savoirs, de savoir-faire et d’un savoir-être respectueux des valeurs et principes républicains. Elle doit également veiller à la sécurité physique et psychologique des élèves.

Mais qu’en est-il lorsque l’éducation familiale des enfants (ou son absence) va à l’encontre de ces objectifs ? Plus concrètement, comment peut-on attendre d’un élève qu’il soit respectueux des autres lorsqu’il grandit dans un milieu où les insultes sont des banalités ? Comment peut-on attendre d’un élève qu’il soit concentré quand il passe son temps sur les jeux vidéo chez lui, et ne dort pas assez ? S’il est important d’avoir un dialogue avec la famille, dans l’intérêt de l’élève, ce n’est pas à nous de dire aux parents comment l’élever. Faut-il éduquer les parents ?

Il arrive que nous soyons confrontés à des situations très graves pour l’enfant (maltraitance…). Dans ce cas, nous ne restons pas passifs et exerçons notre rôle de lanceur d’alerte (cf : hypersexualité des élèves dénoncée par la principale du collège de Mios en Gironde) : nous informons notre hiérarchie, faisons des rapports. Parfois, nous nous sentons impuissants et profondément touchés par ces problèmes.

Toutefois, nous ne pouvons pas contrôler ce que fait l’élève en dehors de nos cours… N’oublions pas de faire ce constat, de reconnaître que nous ne pouvons pas changer véritablement l’éducation familiale d’un enfant. Ce regard est indispensable pour éviter tout débordement quant à notre rôle et soulager le poids d’une quelconque culpabilité. N’oubliez jamais, chers collègues, que nous faisons de notre mieux MAIS que nous ne serons jamais les parents de nos élèves.■

LES OUTILS DU SNALC


Face aux différents problèmes évoqués ci-dessus, les collègues ne doivent pas rester isolés. C’est pourquoi le SNALC, syndicat libre et indépendant, vous propose :


  • Des sections académiques qui œuvrent chaque jour sur le terrain. Les équipes syndicales, engagées, répondent à vos questions, vous accompagnent, organisent des heures d’information syndicale, des colloques, des congrès ou des formations…

  • Une protection juridique pénale gratuite dans le cadre de votre cotisation, proposée par la GMF.

  • Dix recommandations pour être plus fort au travail et des articles pour vous épauler ; ex : www.snalc.fr/national/article/3489/

  • Un mémorandum sur la souffrance des personnels. La prise de conscience du malaise que nous vivons est une première étape indispensable pour plus de sérénité et de dignité : www.snalc.fr/national/article/2640/

  • Mobi-SNALC. C’est un dispositif novateur et unique pour un syndicat comportant deux volets :

    - Un volet mobilité ; notre équipe vous accompagne dans vos réflexions et répond aux questions que vous vous posez pour tout ce qui est lié à la mobilité : ce qu’il est possible de faire, quand, comment…

    - Un volet bien-être ; une coach et une sophrologue, diplômées et issues du monde éducatif, proposent un suivi aux adhérents, gratuitement (dans le cadre de leur cotisation). Le coaching va permettre de travailler sur la gestion du stress et la confiance en soi. La sophrologie permet d’enseigner des techniques de relaxation. Les séances proposées sont sous forme de visio-conférences. Plusieurs séances permettent ainsi de retrouver plus de sérénité, indispensable pour un quotidien sain.


Ces différents outils font la singularité de notre syndicat, notre identité, notre ADN. Telle est notre démarche humaniste.


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