LA VOIE PROFESSIONNELLE

dimanche 10 novembre 2019
par  Sébastien LECOURTIER

LA VOIE PROFESSIONNELLE



Dossier du mois paru dans la Quinzaine universitaire n°1434, novembre 2019

Par Guillaume LEFEVRE, secrétaire national SNALC à l’enseignement professionnel,

avec la collaboration de l’équipe PLP du SNALC  :

Gilbert BOURBOUL (Rennes), Alexandra CHIARELLI (Corse), Hervé COLLOMB-CLERC (Grenoble), Céline FONROUGE (Caen-Rouen), Alexandra FOURNIER (Amiens), Alexandre DIENER-FROELICHER (Bordeaux), Aîssam KROUNA (Créteil), Valérie LEJEUNE-LAMBERT (Versailles), Lydie LEVAVASSEUR (Nancy-Metz), Krisna MITHALAL (Paris), Géraldine PEREPELITZA (Lille), Philippe RICHARD (Lyon).
LA RÉFORME BLANQUER EN LP : VRAIE RÉFORME OU OPÉRATION MARKETING ?
La réforme, en vigueur depuis la rentrée 2019 dans les lycées professionnels, commence très mal et inquiète les PLP. Visant une meilleure insertion professionnelle des lycéens et à redorer l’image d’une filière souvent dévalorisée, la réforme concerne près de 700 000 élèves, soit 38 % des lycéens en France mais n’intéresse pas la plupart des médias ! Est-ce du mépris ou de l’indifférence ?


Bien qu’intéressante sur « le papier », cette rénovation de la voie professionnelle annoncée est en réalité tout autre.

Prenons l’exemple de la cointervention qui est l’un des éléments phare de cette réforme. Elle propose à l’élève une trentaine d’heure assurées par deux professeurs (professionnel et lettres/mathématiques). Les établissements ont été dotés d’un nombre d’heures afin de préparer au mieux les séquences. Nous savons tous qu’il faut environ 1h30 de préparation pour réaliser une séquence d’1 heure face aux élèves. Or, la plupart des lycées proposent 8 h de préparation à la rentrée contre 45 heures nécessaires normalement. Doit-on bâcler le travail de préparation durant les 8 heures imparties afin de respecter ce temps de préparation ? Où, comptant sur notre bienveillance, l’EN sait-elle d’avance que le corps professoral se donnera les moyens nécessaires sur son temps personnel afin de répondre aux attentes de ces heures de co-animation ?

Le SNALC dénonce avec énergie une réforme néfaste en tout point et conduisant à l’opposé de ce que le ministre prétend : un appauvrissement considérable de la culture générale dispensée à des élèves qui en ont autant besoin que les autres, et une dégradation accrue de la mission des enseignants dévoués à la cause de leurs élèves.

C’est la pire rentrée au niveau moral et en termes de perspectives d’avenir. En effet, les PLP, déjà démotivés suite au PPCR, témoignent de leur moral très bas, de leur inutilité suite à la perte énorme d’heures de cours qui témoigne du mépris dans lequel sont tenus élèves et professeurs de la voie professionnelle.■


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COMITÉ DE SUIVI DE LA VOIE PROFESSIONNELLE
Le SNALC a fait entendre la réalité du terrain, entre interventions étonnantes de certaines organisations syndicales et « ce n’est pas moi, c’est l’autre » du Ministère.

Le SNALC dans l’esprit de la mission du comité de faire remonter les bonnes pratiques, a évoqué la promesse du proviseur d’un lycée des métiers de Lille d’heures de concertation hebdomadaires payées, et proposé que cette pratique soit reprise au niveau national en lieu et place des deux premières séances, sans élèves, dédiées à la concertation, préconisées par la circulaire du Ministère, et non respectées dans bien des cas. Le SNALC a évidemment enchaîné sur les emplois du temps à trous, l’amplitude des journées de travail induite, la surcharge de travail, les difficultés matérielles et l’irréalisme des ambitions de la co-intervention, au vu des lacunes en compétences de base des élèves de la Voie Pro. Ces propos ont tranché avec l’intervention du syndicat majoritaire et subventionné des PLP. Ce dernier a remercié les chefs d’établissement pour les efforts faits pour les EDT et a exhorté le Ministère a donner du sens à cette réforme, seul souci selon lui des PLP.

Le SNALC a pointé une préconisation du Vade-Mecum de la co-intervention qui a de quoi inquiéter les personnels : « formalisation et documentation précise de ce qui a été fait… ». En d’autres termes : injonction de laisser une trace écrite pour être plus facilement remplaçables…

Par ailleurs, à l’occasion de l’intervention d’un DAFPIC sur la nouvelle compétence apprentissage des Greta, le SNALC a précisé le périmètre de la formation professionnelle continue qui ne se limite pas au contrat de professionnalisation, comme il semblait le suggérer mais englobe également les demandeurs d’emploi en formation, ce qui n’a pas manqué de remettre en perspective la vision de la mixité des publics de certains représentants des parents d’élèves.

Le Ministère a p résenté des premiers chiffres dits encourageants (+ 2,2 % de 1er voeux sur la voie pro et + 0,5 % d’élèves affectés sur leur 1er voeu…) et s’est dédouané des couacs en invoquant la déconcentration, la décentralisation et l’autonomie des établissements, comme à son habitude.■


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L’INAPPLICABLE CO-INTERVENTION
La RVP met en place la co-intervention dont la finalité est d’articuler les enseignements généraux et professionnels pour favoriser la réussite des élèves. Elle est une modalité pédagogique de mise en oeuvre des référentiels dans laquelle 2 enseignants interviennent ensemble au même moment, en classe entière, si toutefois les 2 sont toujours présents. Soit doubler le taux d’encadrement pour faire progresser les élèves à condition que cette co-intervention soit pensée en amont (projet d’enseignement, modalités, calendrier, moments d’intervention de chacun des enseignants, etc…).

Sa mise en place induit des points de vigilance car elle fait baisser les horaires disciplinaires et la quotité sur l’ensemble. L’organisation est théorique et le pilotage réalisé en dehors des heures de cours. De plus, les PLP n’ont pas bénéficié de modules de formation concrets. La surcharge de travail invisible est pesante : la du programme de l’enseignement professionnel, ce qui suppose que tous les enseignants maîtrisent les référentiels. De plus, il est préconisé de formaliser, par un document écrit, l’analyse des séquences travaillées sous ce dispositif. S’ajoute l’absence d’heures de concertation de l’équipe pédagogique. Pourtant, un tel dispositif ne peut se faire qu’avec un échange régulier entre les collègues.

Enfin, des horaires peuvent être annualisés : la souplesse dans l’emploi du temps pour la mise en place de la co-intervention n’écarte pas la possibilité de regrouper les heures sur une période. C’est de l’annualisation à peine déguisée ! Le SNALC propose une majoration du taux horaire à 1,25 pour compenser cette surcharge de travail des PLP ainsi que les pertes d’heures non comprises dans le volume complémentaire professeur (2 h par classe).

En conclusion, la qualité des formations et la possibilité de poursuivre un projet professionnel et/ou des études après le bac sont gravement menacées par cette réforme. Les économies budgétaires qui la motivent se font, entre autres, sur le dos des élèves et des PLP victimes de suppressions de postes.■


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SECONDE « MÉTIERS DE LA RELATION CLIENTS » ?
La seconde Métiers de la Relation Clients (MRC) regroupe les élèves désirant s’orienter vers l’un des BAC suivants : Baccalauréat métiers du commerce et de la vente, option A : Animation et gestion de l’espace commercial (Bac Pro commerce) ; et option B : Prospection-clientèle et valorisation de l’offre commerciale (Bac Pro Vente) et Baccalauréat métiers de l’accueil (Bac pro ARCU).

LA FIN DU BEP TOUS VERS LE BAC !
Ce regroupement n’est pas vraiment une nouveauté, car depuis 2010 ces filières étaient regroupées pour l’obtention du BEP MRCU (métiers de la Relations Clients et Usagers) avec des épreuves communes. Mais avec cette réforme, la certification intermédiaire obtenue en classe de première disparaît. L’ensemble des élèves qui entreront dans un cycle bac pro 3 ans sortiront avec un diplôme de niveau 4.

La durée de la formation en milieu professionnel n’a pas évolué et reste à 22 semaines réparties sur les trois années de formation. En général, 6 semaines en Seconde, 8 en Première et 8 en Terminale.

Attention : de nombreux chefs d’établissement ont décidé de répartir les 6 semaines de la classe de seconde en trois périodes de 2 semaines sous prétexte que les élèves doivent pouvoir choisir au mieux leur orientation. Cette disposition est tout à fait louable mais dans les faits ce sont admiles professeurs principaux qui ont une charge supplémentaire de travail (gestion de plus de PFMP).

De plus, dans le JO du 6 janvier 2019 il est précisé que les 22 semaines ne peuvent être fractionnées en plus de six périodes : ces établissements devront donc répartir 3 périodes sur les 2 ans restants… cela semble compliqué.

L’ÉLÈVE VRAIMENT LIBRE DE CHOISIR SON AVENIR PROFESSIONNEL … ?
À l’issue de la seconde, les élèves ont, en théorie, le choix de s’orienter vers l’un des trois BACS professionnels en classe de première, mais dans la plupart des cas, ce choix sera limité au nombre de places disponibles, car très peu d’établissements disposent de l’ensemble des choix de la filière Métiers de la Relation Clients.

Dans les établissements ruraux, les élèves manquent de mobilité donc, malheureusement, le choix du Bac restera un choix par défaut pour beaucoup.■


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RÉFORME DE LA VOIE PROFESSIONNELLE ET MÉTIERS D’ARTS
QUE SONT LES MÉTIERS D’ARTS ?
Les métiers d’arts sont un savant mélange entre l’excellence du geste et l’excellence du savoir-faire. Cette exception française est un équilibre entre les arts et la technique. C’est par la répétition du geste, que l’on se libère de la contrainte technique. Le SNALC s’inquiète car cette réforme diminue le temps de pratique. Comment arriver à la maîtrise ?

Dans notre société où nous n’avons plus le temps, il est illusoire de penser que l’entreprise a le temps d’approfondir le geste. Nous prenons le risque de passer à côté des fondamentaux qui font notre spécificité.

QUEL PUBLIC ACCUEILLE-T-ON EN MÉTIERS D’ART ?
La voie pro recueille souvent nos jeunes les plus fragiles en difficulté dans les filières générales. Ils trouvent en intégrant nos formations, de nouvelles voies de réussite, c’est le moment pour eux de se réconcilier avec notre système éducatif. Nous intégrons aussi au supérieur les jeunes attirés par la passion, mais la grande majorité est issue de l’échec scolaire. Les métiers d’arts ne font pas exception. Combien de jeunes dyslexiques, dyscalcul iques se révèlent et se transcendent à travers nos formations !

PEUT-ON PLAQUER DES SITUATIONS D’ENSEIGNEMENTS IDENTIQUES SUR TOUS LES MÉTIERS DE LA VOIE PRO. ?
Cette nouvelle réforme applique un standard d’horaires, de situations et de contraintes d’enseignements commun à toute les formations de la voie pro, administratif, gestionnaire ou ébéniste, tapissier et bijoutier…

N’est-il pas dangereux de penser qu’un même canevas corresponde à toutes ces formations ? La co-intervention risque de rappeler aux jeunes en difficulté, les échecs qu’ils n’ont pas réussi à surmonter dans le système éducatif, dans des cours où ils trouvaient auparavant enfin, un espoir de se réaliser et de réussir.

Nous ne pouvons pas laisser penser que nos enseignements techniques étaient cloisonnés sans lien avec le général, alors même qu’au contraire nos jeunes retrouvaient du sens en reprenant de l’air et du plaisir par la pratique quand il fallait calculer, lire et s’exprimer sur ce que l’on fait.■


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CONSEIL SUPÉRIEUR DES PROGRAMMES : L’ILLUSOIRE CONSULTATION
Le SNALC a participé à toutes les audiences au CSP début octobre sur les projets de programmes en 1ère et Tale Bac Pro. Ces projets sont le fruit de séances de travail réunissant des PLP et des IEN en amont. Le SNALC a déploré qu’aucun document de travail n’ait été fourni pour préparer au mieux ces audiences dont le but est de faire des modifications concrètes et réalistes. Mais peut-être tout était-il déjà décidé ? En effet, nos demandes de modifications ont été peu prises en compte et les questions embarrassantes évitées par une réponse fuyante et récurrente : « cela ne dépend pas de nous ».

Ces propositions seront expliquées et votées le 23 octobre puis mises en ligne en novembre pour permettre aux enseignants de les consulter et d’apporter des commentaires. Le CSE sera consulté fin novembre et la publication de ces programmes prévue en janvier 2020.

En préambule de ces interventions sur les 4 disciplines concernées le SNALC a rappelé la liberté pédagogique des PLP et a fait les interventions suivantes :

En français, la co-intervention ne doit pas être un prétexte à la correction de l’orthographe des rapports de stage. Le seul point commun avec la partie pro est de rendre de compte. Nous déplorons les horaires en baisse qui ne permettent plus le maintien d’un écrit en terminale. L’aspect littéraire annoncé est très réduit. Enfin ces propositions impliquent un énorme surcroît de travail pour les PLP.

En Histoire/géo, l’étude de l’Europe disparaît et les exigences de culture ne peuvent être assurées avec le peu de moyens horaires.

Pour le PSE, il est à noter qu’elle n’appartient plus à la partie pro. Le programme est divisé en 3 thèmes focalisés sur l’individu et son action sur la santé et son environnement.

En maths/sciences, les programmes sont imposants et irréalisables sans la cointervention avec la baisse horaire, les notions sont saucissonnées et les modules sont en décalage avec le peu de notions nécessaires en poursuite d’études.

Le SNALC sera vigilant sur le vote en CSE et veillera à ce que ses propositions soient prises en compte.■


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FUSION DES GRETA ET DES CFA : BILAN ET PERSPECTIVES
La rénovation du modèle social passe par la loi Travail qui induit une réforme de la formation continue. Les entreprises ont besoin d’une main d’oeuvre qualifiée et opérationnelle rapidement et le marché de la formation s’adapte. Les grosses entreprises ouvrent leurs propres centres de formation, notamment des centres de formation d’apprentissage.


COMMENT L’ÉDUCATION NATIONALE S’ADAPTE-T-ELLE À CETTE RÉVOLUTION ?

Avec la réforme de l’apprentissage et sa gestion par les GRETA, les GRETA/CFA verront le jour le 1er janvier 2020. Cette fusion est en pleine structuration. Les réunions de travail s’enchaînent afin d’organiser la future structure régionale.

Jusqu’à présent, les CFA publics avaient en charge l’apprentissage des jeunes dans le schéma régional de formation géré par la région. Les GRETA s’occupaient de la formation continue pour adultes. Toutes ces formations s’appuyaient la plupart du temps sur des établissements techniques ou professionnels publics.

La fusion entraînera une réorganisation académique et une modification du financement de la formation continue. En l’absence de loi cadre, les nouveaux GRETA/ CFA auront une gestion locale donc hétérogène. Cette réorganisation suscite de nombreuses interrogations sur l’harmonisation des conditions de travail : alors qu’un formateur d’apprentis de CFA travaillait 648 heures, le formateur contractuel doit 810 h au GRETA avec des missions très larges, étrangères à celles des PLP. L’alignement est prévu sur un temps de travail global de 1 607 heures pour le personnel, avec 45 jours de congés sur l’année civile.

La rémunération des chefs d’agence est actée, mais pas celle des enseignants : aucune grille officielle ne la détermine selon leur statut et le type de formation, et pourtant depuis la rentrée dernière, la mixité des publics en classe existe : apprentis et stagiaires de formation continue sont avec nos élèves. Et c’est au professeur de s’adapter à ces nouveaux publics, sans savoir comment il sera rémunéré pour ce travail.

Le SNALC est attentif et veillera au sort des contractuels des GRETA/CFA qui pourrait être celui des PLP demain.■


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DÉVELOPPER L’APPRENTISSAGE : EST-CE VRAIMENT L’ENJEU ?
Le SNALC a interrogé la DGESCO sur les conséquences du développement de l’apprentissage, via la mixité de tous les publics, sur la rémunération et les conditions de travail des PLP. Le SNALC n’est pas dupe des dénégations du Ministère. L’objectif est bien la mixité de tous les publics. Il suffit de mettre en perspective le discours de notre employeur et ses actes :

  • Vade-mecum qui décrète la personnalisation pour chaque « apprenant ¹ » des modules de formation (nouveau concept …) quel que soit l’effectif.

  • Délivrance des diplômes par blocs de compétences, toutes voies de formation confondues.

  • Missions du Greta élargies à l’apprentissage avec les conséquences terribles pour nos collègues contractuels qui oeuvraient en CFA ².


Toutes ces décisions ne sont pas imposées par la loi « Liberté … » qui encense et libéralise l’apprentissage. Cette dernière sert d’alibi à l’EN pour :


  • Faire du chantage à l’emploi aux personnels et leur imposer des conditions de travail et de rémunération dégradées.

  • Leurrer les parents et les élèves par une communication qui n’évoque que l’apprentissage et la mixité des parcours.


Des formations ouvertes aux élèves, apprentis ou stagiaires de la FC dans les EPLE n’est pas une novation. En revanche, la nouveauté est de regrouper tous ces publics, en présentiel ou à distance, et ce à tout moment de l’année.

C’est pourquoi, le SNALC bien qu’opposé à la mixité des publics, exige, en cas de mixité, qu’un nombre maximum d’apprenants soit fixé et que les ORS et la rémunération prennent en compte toutes les sujétions liées aux différentes voies de formation.

Ces revendications sont plus utiles aux PLP, que le discours idéologique contre l’apprentissage de certaines OS, qui par ailleurs, croient à la sincérité du Ministre, ou qui en prônant le CCF et les blocs de compétences, ont préparé le terrain pour que les LP publics délivrent une formation low-cost aux enfants des classes populaires et aux NEET³.■


¹ Élève, apprenti, stagiaire FC.
² Augmentation de 25% du temps de travail pour la même rémunération, à prendre ou à laisser !
³ Not in Education, Employment or Training.

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REMONTÉES DE TERRAIN : QUELLE CATASTROPHE !
Après avoir averti le ministre des ratés de sa réforme pour la voie pro à la rentrée, le SNALC a répertorié les remontées de terrain. Le constat est accablant : inapplicabilité et détournements des moyens et objectifs de la réforme.

Le prétexte de choisir son avenir professionnel et la restriction budgétaire ont accouché d’une DGH globale en baisse et par discipline. Les nouveaux dispositifs, dont les heures grevées sur le disciplinaire, sont plus un mal qu’un remède : pédagogie de projet basée sur la compétence qui efface la connaissance, paiement sur une partie de l’année en HSE, travail de préparation en binôme imposé pour la co-intervention. Ainsi, les heures de formations légales des élèves ne sont pas assurées. De ce fait, les VS des PLP ne comprennent pas toutes les heures de service obligatoire.

De plus, les familles de métier sont incomplètes dans les établissements, les élèves ne peuvent avoir accès à toutes ces formations notamment pour celle du bâtiment. Comment donc obtenir une orientation choisie ?

Cet appauvrissement des formations professionnelles est amplifié par la valeur du diplôme : chaque élève n’aura pas la même qualification et l’évaluation est encore locale, le CCF est toujours en place.

Le SNALC a toujours demandé le maintien de la dimension nationale du diplôme.

La situation des PLP s’aggrave avec une flexibilité du temps de présence du lundi au vendredi en établissement. Les enseignants ont des EDT surchargés avec des heures de concertation non rémunérées. Les conditions de travail et les ORS sont mises en danger par la mixité des publics, et la gestion d’apprentis dans des classes souvent peu rétribuée. En plus de l’inadéquation pédagogique, celle du rythme scolaire entraîne une surcharge de travail non reconnue ainsi que la tenue de cours quand un type de public est absent.

Le SNALC a fait état de ces dysfonctionnements concrets au comité de suivi de la réforme et a mis en exergue les effets catastrophiques sur la formation professionnelle et les conditions de travail des PLP.■


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DÉRIVES DE L’ORIENTATION SUPPOSÉE CHOISIE
À l’issue de la seconde, les élèves ont, en théorie, le choix de s’orienter vers l’option désirée en classe de première mais, dans la plupart des cas, ce choix sera limité.


UNE OFFRE HÉTÉROGÈNE SELON LES ÉTABLISSEMENTS


  • Très peu d’établissements disposent de l’ensemble des choix de la filière, les familles de métiers sont incomplètes dans un même établissement. La famille du bâtiment n’est jamais proposée dans son intégralité aux élèves.

  • Difficulté d’avoir l’ensemble des plateaux techniques correspondant à l’ensemble des filières. De surcroît, la volonté des régions de ne plus investir et moderniser les LP entraîne des formations théoriques en inadéquation avec les référentiels.

  • Le nombre de places disponibles demeure restreint à cause de l’effectif des classes : la demande étant plus forte en Baccalauréat des métiers du commerce et de la vente à l’instar du Baccalauréat des métiers de l’accueil (Bac pro ARCU), certains élèves risquent de se retrouver sur une option non choisie, voire déscolarisés.


LE PROBLÈME DE MOBILITÉ POUR LES ÉTABLISSEMENTS RURAUX

Le manque d’équité de l’offre selon les régions pose le problème de mobilité des élèves désireux de suivre le Bac pro choisi. Le recrutement reste géographique. Le défaut de mobilité des élèves risque, malheureusement, d’affecter le choix de l’option du Bac pro effectué par défaut pour beaucoup.

DES CAMPUS DES MÉTIERS INUTILES EN L’ÉTAT

Le principe des campus des métiers est de permettre aux élèves de disposer en un même lieu d’une offre de formation efficace et complète. Or, en l’état, aucun campus de métiers ne le permet.
C’est une coquille vide. Pour réussir leur mission déclarée, les campus des métiers coûteraient trop d’argent à l’État car ils nécessitent des nouvelles infrastructures.

Une orientation pas si choisie en somme, qui risque de rester subie.■


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LA FUNESTE PÉDAGOGIE DE PROJETS
Jean-Michel Blanquer compte sur l’adaptation pédagogique des PLP, « exemples pour mettre en oeuvre des pédagogies adaptées » et déjà rodés au PPCP et à l’EGLS, afin d’imposer sa réforme de la voie pro. La RVP instaure la généralisation de la pédagogie de projets au détriment de la transmission de connaissances fondamentales générales et professionnelles.


L’AP, la co-intervention et le chef d’oeuvre concentrent la majorité des heures de formation au détriment des cours traditionnels. Ainsi, la pédagogie de projets est systématisée et amplifiée avec la mixité des publics qui demande un travail de préparation supplémentaire et une progression différente.

La pédagogie mise en place est un projet d’enseignement qui n’a pour objectif que de développer des compétences ramenées à leur plus simple expression.

La présentation est magnifique mais l’application et l’apport pour les élèves de ces objectifs de formation est limité et incomplet. La pratique professionnelle est paradoxalement déconsidérée. La théorie domine avec des heures de TP en moins et des projets peu en adéquation avec les référentiels trop ambitieux pour le public hétérogène des LP.

Les PLP sont aussi victimes de cette systématisation de la pédagogie de projets. En conséquence, la concertation s’impose aux PLP avec une réflexion et une élaboration conjointes en amont : fiches de suivi avec étapes bien définies, évaluation individualisée détaillée et adaptée à chaque projet pour le chef d’oeuvre. La co-intervention présuppose un croisement de compétences, des fiches descriptives de situation et des scenarii.

L’augmentation du temps de présence en établissement et la flexibilité des EDT avec création de barrettes détériorent les conditions de travail des PLP qui ne sont pas payés en plus pour ces heures de concertation.

Le SNALC a fait des propositions concrètes pour défendre les PLP qui ne sont pas taillables et corvéables à merci. Le SNALC saura les défendre en comité de suivi.■

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