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“PERSONNE NE PEUT PORTER LONGTEMPS LE MASQUE”

vendredi 15 mai 2020
par  Sébastien LECOURTIER

Personne ne peut porter longtemps le masque

Sénèque, De la clémence, Livre I


Par Marie-Hélène PIQUEMAL, vice-présidente du SNALC
Le 10 mai 2020



Les cicatrices sur les visages des soignants épuisés retirant leur masque après d’interminables heures de soins intensifs ont profondément marqué les esprits. Ces figures de courage et de sacrifice ne sont pas sans rappeler les « gueules cassées » revenues du front de la Grande guerre.

Aujourd’hui, « nous sommes en guerre  » : le président de la République l’a déclaré le 16 mars devant les citoyens français, évoquant «  le combat » contre «  l’ennemi qui progresse » et requiert « notre mobilisation générale ».

Comme Clemenceau visitant les Poilus sur le front en 1918, Emmanuel Macron est allé à la rencontre des troupes de l’hôpital militaire de campagne à Mulhouse. Il a salué l’engagement de tous les Français : ceux de la « première ligne », personnels de santé, militaires, pompiers, ceux de la « deuxième ligne », à l’instar des enseignants volontaires, directeurs d’écoles et autres fonctionnaires, exposés comme les agriculteurs, routiers, livreurs, caissiers, éboueurs… et exhorté ceux de la « troisième ligne » à poursuivre ce combat par le respect des règles de confinement.

BAS LES MASQUES, HAUT LES CŒURS

Qui dit guerre dit héros. Ceux dont on vient de parler sont du genre discret, parés du masque de l’anonymat. Ils agissent dans l’ombre, dans la peur parfois, mais dans la conviction de faire pour le bien, de faire de leur mieux.

D’autres types, hérauts erratiques plus qu’héroïques, avancent démasqués, gosier tendu vers le micro, torse bombé face caméra, visage poudré plutôt que protégé. Grands diseurs et petits faiseurs, pétris de certitudes et de préjugés, ils savent là où les doctes tâtonnent, ils conseillent, ils assènent.
Ces super-héros aux solutions miracles affrontent le virus à doses de javel américain, de vodka biélorusse, de bains de foule brésiliens, et préconisent le déni comme remède à une petite grippe face à laquelle on ne doit pas « se débiner ».
En France, quelques va-t-en-guerre ont pris leur courage à deux mains pour houspiller, depuis des plateaux TV soigneusement désinfectés, le peuple qui doute et redoute. « A un moment, faut y aller ! » lâche-t-on à l’endroit des professeurs et de leur réticence à se retrouver face à leurs élèves avec un bout de tissu sur la tête. (1)
Et c’est sans compter le sans-culottisme déconfiné des nouveaux révolutionnaires bobos parisiens qu’il faut « laisser danser » sur les trottoirs de la capitale.
Il y a tant de personnages picaresques qui pourraient alimenter le grand bêtisier du déconfinement à la déconfiture.

Et puis il y a les autres. Ceux qu’on n’entend pas, ceux qui s’interrogent, qui doutent, ceux qui balancent entre crainte et contrainte.

RETOURNER SUR LES LIEUX DE LA TRANSMISSION

La peur est là, légitime, logique. Tout a été fait pour l’instaurer, l’entretenir et la nourrir. La rhétorique guerrière a planté le décor. Chaque jour, l’autorité sanitaire fait le décompte public des morts et des malades, chaque jour l’autorité politique nous a rappelé l’impérieuse nécessité de ne plus sortir, de rester enfermés, terrés. La peur, l’interdit et la menace sont parvenus à imposer le respect à une population traditionnellement effrontée.

À cela, on a ajouté sur les épaules du citoyen le poids de la responsabilité en cas d’échec : « Notre politique repose, à cet égard, sur la responsabilité individuelle ». « À partir du 11 mai, le succès ne reposera pas sur la seule autorité de l’État mais sur le civisme des Français. » (Edouard Philippe, discours sur le déconfinement, 28 avril)

On ouvre le parapluie. À l’image du Protocole sanitaire : 53 pages de recommandations officielles indispensables mais inapplicables. Avec un détail hardi : les enseignants et encadrants recevront des masques qu’ils devront porter quand ils ne pourront pas respecter les règles de distanciation – car la distanciation est en effet une règle que l’on impose tout en admettant qu’elle est impossible à respecter. Parfait exemple de contradiction qui contribue au mieux à entretenir le trouble, au pire à exacerber les angoisses.

Heureusement, les personnels de l’Éducation nationale sont rôdés aux situations de consignes complexes et d’injonctions contradictoires. Naturellement respectueux de l’autorité, ils n’en conservent pas moins leur esprit critique et leur capacité d’analyse. Il n’a jamais été question pour eux de « se débiner » ni de déroger à leurs responsabilités.

D’ailleurs, le SNALC, très attaché au rôle pédagogique et social de l’Ecole républicaine, fait de la santé une question de priorité et a proposé d’emblée un élargissement de l’accueil sur la base du volontariat. Précisément afin de participer à l’effort national et collectif de relance du pays, y compris pour des motifs économiques que chacun peut comprendre. Cette solution permettait de se donner plus de temps pour préparer une rentrée efficiente en septembre et de ne pas envoyer prématurément en première ligne élèves et professeurs pour faire semblant de faire classe et de rattraper les inégalités.

C’est donc en femmes et en hommes libres, autonomes et responsables que les personnels prendront leur décision de façon éclairée. Au besoin en s’appuyant sur les outils juridiques mis à disposition par le SNALC, notamment le document Droit de retrait : mode d’emploi et alternatives.

À l’école, tout se transmet : les savoirs, les valeurs et les virus aussi.

Seuls ceux qui l’auront décidé en leur âme et conscience retourneront dans les écoles. Et il s’agit bien de « retourner dans les écoles » et non pas de « retourner travailler » comme on a pu l’entendre parfois (2) . Car ils n’ont jamais cessé de travailler, même ceux de la « troisième ligne », téléphonique ou numérique, qui ne tenait parfois qu’à un fil auquel tous se sont accrochés pour maintenir la continuité pédagogique et sociale. Quoique virtuelle, cette continuité fut bien plus réelle et efficace que ne le sera une reprise précipitée et imposée au mépris de la santé.

« On dirait que les hommes ont peur de ne pas mourir, à voir tout ce qu’ils inventent pour se tuer. » (Théophile Gautier)

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(1) : https://www.snalc.fr/national/article/5590/ et https://www.snalc.fr/national/article/5608/
(2) : Elisabeth Levy sur CNEWS le 21 avril 2020 : [...] il y a un certain nombre de gens qui travaillent et n’ont pas cessé[...] les enseignants vont-ils attendre le degré zéro de risque certifié pour dire qu’ils veulent bien aller travailler ? - https://www.snalc.fr/national/article/5590/

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Consulter la rubrique dédiée sur le coronavirus


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