EnquĂŞte sur le handicap : audience du SNALC

Dernière mise à jour le 18 février 2023 par slecourtier

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Suite aux résultats édifiants de notre enquête sur la prise en charge du handicap dans l’Éducation nationale, disponibles sur notre site Internet, le président du SNALC, Jean-Rémi Girard, avait demandé une audience auprès du ministère. C’est M. Nicolas Kanohou, l’un des conseillers du ministre, chargé de l’école inclusive, de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, qui nous a reçus. Il était accompagné de Jean-Xavier Lichtlé, responsable de la Mission à l’intégration des personnels handicapés (MIPH), et de son adjointe, Magali Dossou-Boisseau.

Cette audience s’est dĂ©roulĂ©e dans un climat cordial et les Ă©changes ont Ă©tĂ© riches. Le conseiller du ministre s’est d’emblĂ©e montrĂ© très demandeur de nos remontĂ©es de terrain, conscient que la situation des personnels handicapĂ©s dans notre ministère Ă©tait largement amĂ©liorable, tout en mettant en avant une politique ancienne en ce domaine. Nous avons alertĂ© sur l’insĂ©curitĂ© dans laquelle se trouvaient les personnels handicapĂ©s dans le cadre professionnel. Ils doivent en permanence se battre pour faire valoir leurs droits. Cela explique Ă  notre sens la rĂ©ponse Ă  la dernière question de l’enquĂŞte, dans laquelle près de 75 % des rĂ©pondants estiment ne pas ĂŞtre accompagnĂ©s efficacement par notre institution. SĂ©curiser le parcours des personnels en situation de handicap est donc une prioritĂ©. Or, les difficultĂ©s structurelles de la mĂ©decine du travail sont un premier obstacle, très important, Ă  l’information des agents sur la RQTH (reconnaissance de la qualitĂ© de travailleur handicapĂ©, via la MDPH), puis sa dĂ©claration auprès de l’administration, qui est une dĂ©marche volontaire. La question du lien de confiance des agents concernĂ©s envers leur administration se pose, car la sous-dĂ©claration du handicap est très importante.

Notre enquĂŞte pointe le fait que les correspondants handicap sont loin d’être connus et reconnus comme des interlocuteurs dans le cadre de ce parcours (seuls 20 % des rĂ©pondants l’ont rencontrĂ©). L’administration reconnaĂ®t qu’il y a encore du travail Ă  faire pour les professionnaliser et leur donner la place adĂ©quate dans les Ă©quipes des rectorats, afin qu’ils puissent remplir entièrement leur rĂ´le. Les responsables de la MIPH nous prĂ©cisent qu’aux correspondants handicap vont s’ajouter des rĂ©fĂ©rents handicap, fonction dĂ©finie par la circulaire du 17 mars 2022. Ainsi le correspondant handicap deviendrait l’animateur d’un rĂ©seau et plus la seule personne en charge des personnels en situation de handicap. Cela est une bonne chose si ces rĂ©fĂ©rents sont au plus près des agents. Cependant, nous avons fait remarquer qu’il faudrait veiller Ă  ne pas reproduire ce qui se passe pour la RH de proximitĂ©, qui renvoie toujours au 2e niveau : il faut que ces rĂ©fĂ©rents possèdent une rĂ©elle expertise pour remplir leur mission efficacement auprès des agents.

Une des questions centrales pour le maintien en poste des agents en situation de handicap est la mise en place d’adaptations de leur poste de travail : or dans notre enquĂŞte, les prĂ©conisations mĂ©dicales ne sont appliquĂ©es complètement que pour un gros tiers des rĂ©pondants et la proportion de non-application justifiĂ©e par l’administration par les « nĂ©cessitĂ©s de service Â» est de 65 % ! Cela nous semble inadmissible. Alors que M. Kanohou s’interroge sur le fait que les mĂ©decins du travail proposeraient des amĂ©nagements non rĂ©alisables par mĂ©connaissance de la rĂ©alitĂ© des postes, nous signalons au contraire de nombreux retours d’agents qui ont reçu de la part du mĂ©decin du travail un discours limitant les propositions d’amĂ©nagement par les difficultĂ©s administratives, et notamment budgĂ©taires. Cela participe de la difficultĂ© Ă  crĂ©er un lien de confiance entre les agents et l’institution.

Nos interlocuteurs nous assurent sur ce point qu’en effet le positionnement du mĂ©decin est Ă  diffĂ©rencier des questions liĂ©es aux contraintes matĂ©rielles, budgĂ©taires, et administratives. Le correspondant handicap doit en amont faire le lien entre le mĂ©decin du travail et le chef d’établissement : il s’agit d’un trio complexe. Un cursus d’auto-formation sur magistère a Ă©tĂ© créé pour donner, entre autres, Ă  voir cette complexitĂ©. Il y a lĂ  un vĂ©ritable enjeu de sensibilisation et de formation des cadres, soumis Ă  des difficultĂ©s Ă©galement en ce domaine.

La politique handicap, dès 2006, a commencĂ© par la prise en compte des handicaps physique et moteur. Ainsi la plupart des dĂ©penses consistent en achat de matĂ©riel et en aides techniques. Il y a sur ce plan des dĂ©lais incompressibles (fournitures, commandes) mais d’autres dĂ©lais, concernant la disponibilitĂ© des crĂ©dits, pourraient ĂŞtre rĂ©duits. Cependant de nombreux agents ont besoin avant tout d’amĂ©nagements horaires, coĂ»teux en temps. Rappelons ici que le handicap invisible concerne plus de 80 % des personnes en situation de handicap, et que quel que soit le handicap, une plus grande fatigabilitĂ©, ainsi que la nĂ©cessitĂ© de soins rĂ©guliers sont souvent difficiles Ă  concilier avec l’exercice Ă  temps plein du mĂ©tier. Si le temps partiel de droit existe, la perte de revenus qui s’ensuit n’est pas forcĂ©ment supportable par tous les agents. 

Ă€ ce propos, nous dĂ©plorons le fait que pour les enseignants en particulier, les dispositifs tels que les postes adaptĂ©s ou les allègements de service puissent ĂŞtre remis en cause d’une annĂ©e sur l’autre alors que le handicap n’a pas changé… L’on nous rĂ©pond que la politique du ministère qui Ă©tait pourtant celle des textes de 2007 n’a pas Ă©tĂ© appliquĂ©e correctement et que dĂ©sormais, ce qui guide l’administration est le principe d’égalitĂ© de traitement. Effectivement, l’on constate de plus en plus dans les rectorats que l’on dĂ©shabille Pierre pour habiller Paul, ce qui doit relever de cette logique : il semblerait pourtant prĂ©fĂ©rable que les deux soient simultanĂ©ment vĂŞtus !

30 millions d’euros environ sont consacrĂ©s annuellement aux allègements de service : ce chiffre apparemment imposant ne reprĂ©sente en rĂ©alitĂ© que 0,05 % d’un budget de près de 60 milliards d’euros, alors qu’il y a dans notre ministère près de 4% de personnels bĂ©nĂ©ficiaires de l’obligation d’emploi ! Ne vaudrait-il pas mieux, notamment dans le contexte de difficultĂ©s de recrutement actuel, permettre Ă  davantage d’agents de travailler avec une quotitĂ© rĂ©duite plutĂ´t qu’ils se retrouvent en congĂ© maladie ou en retraite pour invaliditĂ©, avec un coĂ»t encore plus important pour la collectivitĂ©, sans aucun bĂ©nĂ©fice pour elle ?

Le SNALC participe aux comités de pilotage et de suivi de la politique handicap organisés par la MIPH. Il sera reçu en bilatérale début 2023 afin de poursuivre le dialogue engagé lors de cette audience concernant la politique handicap du ministère, loin d’avoir épuisé tous les sujets.

Pour conclure, signalons que le SNALC est surpris d’avoir, par cette audience, involontairement contribuĂ© Ă  mettre en place des Ă©changes entre le conseiller et les responsables de la MIPH : en effet il semble que cela ne soit pas si frĂ©quent ! Le SNALC, toujours prĂŞt Ă  rendre service, espère ainsi avoir fait Ĺ“uvre utile.


Retrouvez les résultats de l’enquête du SNALC sur https://snalc.fr/la-prise-en-compte-du-handicap-dans-len-enquete-du-snalc/